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Claude Debussy

Compositeur du mois #10

22 août 2020

Chaque mois, nous mettons à l'honneur un compositeur célèbre, qui a marqué l'histoire de la musique. Dans ces interviews, ils nous parlent de leur histoire, et de ce qui les a poussés à composer leurs œuvres les plus marquantes. L'occasion pour vous d'en savoir plus et d'obtenir des partitions gratuites de certains de leurs plus beaux morceaux ! Ce mois-ci, nous donnons la parole au grand compositeur français Claude Debussy.

Claude a préparé une setlist complète pour les abonnés Newzik, qui contient l'ensemble des œuvres évoquées dans cet aricle. Si vous êtes déjà abonné, n'attendez pas et téléchargez-la !

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Composer du mois : Claude Debussy

Nous sommes aujourd’hui le 24 mars 1918. J’ai 56 ans, et demain, moi Achille-Claude Debussy, l’impressionniste Claude de France, je meurs. Que laisserai-je derrière moi, si ce n’est une musique pour sa plus large partie incomprise ?

La mort approchant, ma pensée s’évade. Je me revois, en 1885, la Villa Médicis se dressant devant mes yeux. Je venais d’entamer ma 23ème année. Dans mes mains des partitions, celles de ma cantate L’Enfant Prodigue qui m’ouvrit les portes de cette Villa. Je n’ai jamais apprécié cette composition, je la trouve plutôt ennuyeuse, même après l’avoir reprise des années plus tard. Pris de mélancolie je repensai à mes jeunes années. Je pensai à ce piano que je délaissai pour la composition. Je pensai à Madame Mauté de Fleurville, celle à qui je dois justement le peu de ce que je sais du piano.

Madame Mauté de Fleurville. Il faut rappeler que si je suis devenu ce que je suis, c’est notamment grâce au hasard et au malheur.

Grâce au malheur car mon père, Manuel Debussy, est condamné à quatre ans d’enfermement pour avoir participé à la Commune alors que je n’avais même pas dix ans. Grâce au hasard car s’il n’y resta qu’un an, ce fut assez pour faire une rencontre qui changea ma vie. Il y rencontra en effet Charles de Sivry, fils de l’excellente pianiste Madame Mauté. Grâce à elle et à cette rencontre fortuite, je découvris le piano et ses saveurs et entrai au Conservatoire de Paris à dix ans, en 1872, pour y découvrir la discipline et ses malheurs.

Je dois leur accorder toutefois que je n’étais pas un étudiant facile. J’étais renfermé, timide, indiscipliné, et n’ayant jamais fréquenté d’école auparavant, la rigueur du Conservatoire ne me seyait que très peu. Même ma musique cherchait à se libérer des règles académiques : extraordinairement gauche et maladroite (d'après les mots de Gabriel Pierné).

Puis petit à petit, je délaissai ce piano qui fut ma porte d’entrée dans la Musique. Je lui préférais largement la composition.


>L'enfant prodigue

Quittons quelques secondes le récit de la vie de Debussy et parlons un petit peu de L’Enfant Prodigue. Cette scène lyrique est créée à l’Académie des Beaux Arts à Paris le 27 juin 1884 pour le concours du Prix de Rome (que Debussy gagna à 22 voix sur 28). Elle fut à la base composée pour piano et voix en sa basant sur un texte d’Edouard Guinaud. Si l’œuvre n’a pas été pensée pour être mise en scène, L’Enfant Prodigue a parfois été présenté sous forme d’opéra en un acte.

Cette pièce fut composée en trois semaines, selon le règlement du Prix de Rome. Entre 1906 et 1908, sous la pression de son éditeur il la retravailla et recomposa entièrement le quatrième et le cinquième mouvement. Debussy a écrit la première version lorsqu’il n’avait que 22 ans et pourtant nous pouvons y sentir les influences de Massenet et Delibes. Il utilise des leitmotives associés à chacun des trois personnages (Azaël, Lia, Siméon). On y sent déjà une immense créativité harmonique et une excellente maîtrise du contrepoint. On y voit également des influences de musique russe. Cette pièce est une des premières grandes compositions de Debussy, prédisant déjà le talent immense du compositeur.

Nous vous proposons aujourd’hui un arrangement pour deux pianos du Cortège et Air de Danse, mouvement extrait de L’Enfant prodigue. Echauffez-vous les doigts, les sextolets abondent !

Arrangement pour deux pianos


Me voilà donc enfin admis à la Villa Médicis, alors que l’on venait de me décerner le Premier Prix de Rome qui fut mon ticket d’entrée dans cette prestigieuse institution. J’y passai quelques années mais encore une fois ma musique ne plaisait pas vraiment. A propos de Zuleima, le jury disait « Ce pensionnaire, nous le signalons avec regret, semble aujourd’hui se préoccuper uniquement de faire de l’étrange, […] de l’incompréhensible, de l’inexécutable ». Je démissionnai au bout de deux ans.

J’y vécus cependant mon premier grand amour. Je n’avais que 18 ans, elle en avait 32. Elle s’appelait Marie Vasnier et je lui déclarai ma flamme à maintes reprises en mettant en musique des poèmes de Banville et de Leconte de Lisle. Malheureusement, dès mon départ de Rome, cette idylle s’essouffla.

J’avais beau avoir passé deux ans dans la « Ville éternelle », Paris m’avait manqué. Mais mon séjour y fut assez court car je partis au Festival de Bayreuth en 1888 et en tombai amoureux. J’y retournai l’année suivante et entendis Tristan de Wagner. Bien que je ne supporte plus vraiment le travail de Wagner, je dois avouer que Tristan fait partie des plus belles choses que j’ai entendues.

Après avoir découvert la musique exotique à l’exposition universelle, et peut-être ne le réalisais-je pas encore, mais beaucoup d’influences s’étaient fondues en moi, donnant naissance à mon style si particulier.

L’année 1890 fut celle de mon premier succès. Je composai ma Suite Bergamasque qui conquit le public et la critique. Quelques années plus tard je composai le Prélude à l’après-midi d’un faune qui fut d’abord très critiqué, mais cela n’était dû qu’à une médiocre interprétation. Ce Prélude devint rapidement un succès dans toute l’Europe.


"Clair de Lune", extrait de la "Suite Bergamasque"

Le Clair de Lune de Debussy est certainement une de ses pièces les plus connues : on la retrouve dans des publicités, au cinéma,… Ce morceau est le troisième de la Suite Bergamasque et est inspiré d’un poème de Paul Verlaine tiré des Fêtes Galantes. Le morceau reprend les quatre thèmes principaux du poème étant : l’Âme et la Nature, la Musique et la Nature, la Tristesse et enfin l’Extase. Ce poème est écrit en trois strophes, comme le Clair de Lune qui est ternaire et suit une structure ABA (lent-rapide-lent).

Le début du morceau est marqué par des accords de tierces, donnant aux notes une certaine pureté, entrecoupés de notes seules et liées entre elles, ayant une teinte plus dénudée et sauvage. On peut y voir une sorte d’introspection entre âme et nature. On reconnaît dans ce début l’impressionnisme de Debussy : les deux mains au piano sont très rapprochées, c’est une musique réaliste et continue, il n’y a aucune indication de pédale et l’attaque des notes est typiquement douce et les contrastes se font de manière subtile. Nous sommes très loin d’une approche romantique de la musique.

Pour ce qui est de la partie centrale du morceau, nous pouvons y voir la nature se mettant à chanter. Il y a toujours cette continuité entre les deux mains, fondamentale en impressionnisme. On y entend des échos, la musique cherchant à imiter la Nature.

Nous vous proposons une partition pour piano de ce morceau mythique. N’oubliez pas, Debussy le disait lui-même : sa musique est de celles qui se ressentent !

Suite Bergamasque, Clair de Lune, pour piano


Je me souviens de l’année 1894. Il me vint l’envie de composer le seul et unique Opéra de ma carrière : Pélleas et Mélisande, sur un livret de Maeternik basé sur sa pièce éponyme. Je mis presque dix ans à le composer pour le créer en 1902. Les répétitions de cette pièce furent certainement les plus difficiles de ma vie. Il est certain que Maeternick et moi-même ne nous entendions pas très bien. Celui-ci voulait imposer sa maîtresse comme chanteuse de Mélisande mais je n’étais pas d’accord. Notre désaccord était si profond qu’il était presque résolu à me provoquer en duel ! Mais ce n’était pas tout : partitions sabotées si bien que l’on ne pouvait différencier dièse et bémol, publication d’un pamphlet contre l’œuvre, poétiquement nommé Pédéraste et Médisante… Et puis il faut avouer que l’œuvre n’a pas été très bien reçue. Peut-être ma musique singulière et le rythme lent de cet opéra déconcertèrent le public. Richard Strauss s’exprima même de la sorte : « Est-ce toujours comme cela ?... il n’y a rien... pas de musique... cela ne tient pas... c’est trop humble... il n’y a pas assez de musique pour moi, ici... ». Je ne fus pas vraiment étonné du commentaire de l’autrichien.

Je ne vous ai pas parlé de mon surnom : Claude de France. Je reçus ce sobriquet pour mon fort rejet de la musique allemande. Je la trouve lourde et ses formes contraignantes empêchent le compositeur de sortir des sentiers battus. Je me souviens à ce propos de la Deuxième de Mahler. Ce fut tellement insupportable pour moi que je quittai la salle pendant la performance et écrivis le lendemain : « Ouvrons l’œil (et fermons l’oreille) … Le goût français n’admettra jamais ces géants pneumatiques à d’autre honneur que de servir de réclame à Bibendum. »

Je militais pour de la musique légère, pour de la musique fluide. Je voulais puiser chez Rameau ou Couperin ! Ce goût dominant pour la musique allemande me renvoyait à mon propre anticonformisme. Finalement, ce surnom, Claude de France, me convint parfaitement. Je signai même certaines de mes partitions ainsi.


"Arabesque", No.1 en Mi Majeur.

Revenons sur un travail de jeunesse de Debussy : les Arabesques, composées entre 1890 et 1891. Elles passent d’abord inaperçues mais deviennent populaires à partir de 1906. C’est une des toutes premières œuvres impressionnistes de l’époque.

La première Arabesque s’ouvre sur cinq mesures d’exposition en La lydien pour poursuivre sur une gamme de Mi majeur. On y trouve des parallélismes de tierces, technique très utilisée par Debussy et les impressionnistes, remontant à celle du faux-bourdon.

La deuxième section, plus tranquille, est en La majeur, qui commence par E-D-E-C♯, passe brièvement par Mi majeur, revient en La majeur et se termine par une prononciation audacieuse du E-D-E-C♯, mais transposée dans la tonalité de do majeur, joué forte.

Au milieu de la récapitulation de la section A, la musique passe à un registre supérieur et descend, suivie d'une grande gamme pentatonique ascendante et descendante, et se résout à nouveau en Mi majeur.

Nous vous proposons la partition de la première arabesque arrangée pour piano et clarinette !

Arr. pour piano & clarinet


Je me souviens aussi très bien de l’année 1913. Marcel Proust publia Du côté de chez Swann, Kasimir Malevitch peignit son Carré noir sur fond blanc , Marcel Duchamp imagina son premier ready-made (Roue de bicyclette). Pour ma part, les Ballets Russes créèrent Jeux le 15 mai et Le Sacre du Printemps le 29. La première œuvre fut très mal reçue, notamment à cause de sa chorégraphie confuse. La seconde fut encore pire : son caractère sauvage et primitif fut à l’origine d’un énorme scandale. J’en étais fier pourtant, il se peut qu’elle soit l’une de mes œuvres les plus abouties : son discours fluide en permanente évolution, subtilement soutenu par l’orchestre…

Quelques années auparavant, en 1910, on me diagnostiqua un cancer du rectum. Ces huit dernières années ne furent guère plus qu’une lente et douloureuse descente aux enfers.

Nous sommes aujourd’hui le 24 mars 1918. Demain, je meurs. Mon dernier projet fut d’écrire six sonates pour différents instruments en référence aux Concerts Royaux de Couperin. Je n’en aurai écrites que trois.


Sonate pour flûte, alto et harpe

Cette sonate fut composée en 1915 et dédiée à sa femme. Elle est la deuxième des Six Sonates pour Divers Instruments.

On y trouve des sonorités orientales et Debussy lui confère un aspect doux et mélancolique grâce à l’association de la flûte, l’alto et la harpe qui sont trois instruments qui n’avaient jamais été entendus ensemble.

Sa structure est la suivante :

  1. Pastoral. Lento, dolce rubato.
  2. Interlude. Tempo di minuetto.
  3. Final. Allegro moderato ma risoluto.

Cette sonate est conçue comme une conversation musicale : les sonorités se mêlent, se soutiennent, s’opposent. Debussy disait : « [Elle est] affreusement mélancolique, et je ne sais pas si on doit en rire ou en pleurer, ou les deux ? ».

À travers ce morceau, Debussy réinvente la sonate en trio de « nos vieux maîtres clavecinistes » en remplaçant le clavecin par de la harpe. La problématique principale de l’interprétation de cette sonate doit être l’équilibre sonore des trois instruments : il faut trouver un compromis, peut-être précaire, entre soliste assumé et jeu en retrait.

Sonate pour flute, alto et harpe


Alors que mon dernier souffle approche, ma dernière pensée se dirige vers ma fille, Claude-Emma, ou « Chouchou ». Que laisserai-je derrière moi, si ce n’est une musique pour sa plus large partie incomprise ? Cela fait des années que je le sais : j’ai écrit des choses qui ne seront comprises que par les petits-enfants du XXème siècle.

Nous espérons que vous avez apprécié ce Compositeur du Mois et que vous passerez un bon moment en pratiquant ces morceaux. Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode !

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AUTEUR

Aurel Beaumann

Marketing Manager