Richard Strauss

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Richard Strauss

Compositeur du mois #7

28 juin 2020

Chaque mois, nous célébrons l’anniversaire d’un compositeur en vous racontant son histoire et en analysant certaines pièces marquantes de son répertoire, ainsi qu’en vous permettant de télécharger les partitions en question gratuitement dans votre bibliothèque Newzik. Ce mois-ci, nous nous intéressons à l’œuvre de l’un des plus grands compositeurs et chef d'orchestre allemand : Richard Strauss.

Comme toujours, nous avons préparé pour nos abonnés une Setlist complète comprenant tous les morceaux que nous allons analyser. Si vous êtes un utilisateur gratuit, nous ne vous avons pas oublié : vous pouvez également accéder aux partitions de votre choix de façon unitaire directement dans le corps de l’article (attention à votre limite de 15 fichiers importés). Abonnez-vous à Newzik pour importer autant de fichiers que vous le souhaitez !

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Compositeur du Mois : Richard Strauss

Quelques mots sur Richard Strauss

Enfance et début

Richard Strauss est né le 11 juin 1864 à Munich. Fils d’un père corniste talentueux et de l’héritière d’une brasserie célèbre, il grandit dans une famille aisée. Cette chance lui permet de développer sa culture et son amour pour la musique très jeune. Dès ses quatre ans, après ses premières leçons de piano avec August Tombo, Strauss montre un immense talent au piano. À seulement 6 ans, il commence ensuite le violon, et la composition pour piano.

Lors de sa scolarité primaire, il accompagne régulièrement sa mère, Josephine Pschorr, aux concerts et spectacles d'opéra et son goût pour la musique ne cesse de croître. Dès 1875, après son entrée au lycée Ludwig de Munich, Strauss suit des cours d’instrument et de composition. Son professeur, Fr. W. Meyer, est chef d’orchestre à la cour. Avant même sa rentrée à l’université, certaines des compositions du jeune homme sont déjà jouées. Le directeur de l’Opéra de Munich, Hermann Lévi dirige, en 1881, sa Symphonie en ré mineur. Il publie son premier opus, Fetsmarsch pour grand orchestre composée en 1876, cette même année.

Après le lycée, il continue ses études en philosophie à l’université de Munich. C’est à cette période que, malgré l'aversion de son père pour la musique de Wagner, Richard Strauss est attiré par ce dernier. Pour autant il n'adhèrera jamais à la révolution musicale, entreprise par Debussy (1862-1918) ou encore Schoenberg (1874-1951), pour laquelle il montre un total dédain. En 1884, Strauss se rend à Berlin où il aura l’occasion de rencontrer Gustav Mahler.

“La symphonie Jupiter de Wolfgang Amadeus Mozart est l'œuvre la plus belle que j'aie écoutée.”

Richard Strauss

Début de carrière et du succès

À seulement 24 ans, en novembre 1889, son second poème symphonique, Don Juan, est joué à Weimar. C’est un immense succès et le début d’une carrière intense. Cette même année, il est nommé assistant musical au Festival de Bayreuth. En très peu de temps, il réussit à conquérir une large audience qui ne se lassera jamais de son art. Strauss compose par la suite Mort et Transfiguration (1891).

“Il superpose les tonalités les plus éperdument éloignées avec un sang-froid absolu qui ne se soucie nullement de ce qu’elles peuvent avoir de déchirant, mais seulement de ce qu’il leur demande de vivant. [...] Il y a du soleil dans la musique de R. Strauss. ”

Claude Debussy

Confirmation du succès

Plus tard, Strauss devient chef de l’orchestre philharmonique de Berlin, et commence une série éblouissante de poèmes symphoniques : Till l’Espiègle (1895), Ainsi parlait Zarathoustra (1896), Une vie de héros (1898). Suite à cela, il s'oriente vers l’opéra en composant Feuersnot (1901) qui connaît un grand succès, et Salomé en 1904, qui malgré son succès fait polémique car l’oeuvre est à la fois religieuse, érotique et orientaliste. C’est cependant grâce à cette dernière que Strauss obtient une renommée mondiale.

En 1909, dans Elektra, la musique explosive de Strauss atteint une violence encore inconnue à l’opéra. C’est une nouvelle fois un véritable triomphe. Le compositeur est considéré à l'apogée de son talent en 1911 avec le Chevalier à la rose. Le succès remporté par cet opéra à Dresde est impressionnant et aucune autre oeuvre du compositeur ne connaîtra cette gloire.

“Dans la musique, il y a beaucoup de fous qui ne le sont que dans leur imagination, et moi, je n'admire que les fous authentiques.”

Richard Strauss

À l’approche du grand conflit de 1914-18, une partie de la fortune de Strauss déposée en Angleterre se voit confisquée. À la fin de la guerre, il réalise que sa musique n’est pas du tout en phase avec celle des autres compositeurs comme Béla Bartók. Son inspiration se tarit et sa production ralentit considérablement.

Ses dernières oeuvres et la fin de sa vie

La vie de Strauss et le prestige de sa carrière ne furent pas affectées par les guerres et le nazisme.

En 1941, à 78 ans, il écrit Capriccio : un opéra sur l’opéra, une réflexion sur l’importance respective des paroles et de la musique dans l’art lyrique.

L’opéra de Munich est détruit en 1943 par des bombes. Ce funeste épisode attriste profondément l’artiste et l'amène à composer Les Métamorphoses pour 23 cordes où on peut entendre la marche funèbre de la Symphonie no.3 de Beethoven. Jouées pour la première fois en 1946, c’est certainement le chef-d’oeuvre de sa carrière.

À la fin de sa vie, Strauss connaît quelques difficultés financières et s’exile en Suisse. Il compose encore deux grandes oeuvres : le Concerto pour hautbois et les Quatre derniers Lieder, mélodies pour orchestre et soprano.

Le 8 septembre 1949, après être rentré chez lui à Garmisch, Strauss décède. Lors de ses funérailles retentit le trio final du Chevalier à la rose : "Pourquoi un homme qui avait écrit une telle musique devait-il un jour mourir ?"

Et maintenant, place à la musique !

Nous avons sélectionné quelques-unes de nos œuvres favorites parmi les très nombreuses que Strauss a composées, et vous proposons des partitions gratuites de chacun de ces morceaux, que vous pouvez télécharger directement dans Newzik pour pratiquer votre instrument !


Sonate pour Violoncelle en Fa majeur, op. 6

Alors qu’il avait seulement 19 ans (1883), Richard Strauss compose sa Sonate pour Violoncelle en Fa majeur. Il la dédie au violoncelliste Hans Wihan qui joua lors de la première le 6 décembre 1883 à Nuremberg. Cette sonate est composée des traditionnelles trois parties : Allegro con brio, Andante ma non troppo et Finale – Allegro vivo.

On pourrait qualifier le début de cette sonate d’héroïque : de retentissants accords à quatre notes introduisent un thème lyrique. Dès l’ouverture de cette sonate, Strauss mobilise toute la gamme supérieure du violoncelle ! Ce premier mouvement est marquant notamment du fait des différentes émotions qu’il renvoie : un début héroïque et plein de vitalité tout en gardant une subtile expressivité tout au long du morceau. On y entend même un passage construit sur le modèle de la fugue (structure très prisée par Beethoven notamment) !

Le deuxième mouvement est très différent du premier. A l’héroïsme et la vitalité il substitue une sombre introspection. Cependant, Strauss continue de défier les violoncellistes en évitant les gammes graves de l’instrument.

Le troisième et dernier mouvement reprend l’allure héroïque du premier avec de grandes envolées du violoncelle. Ce dernier mouvement sera une véritable épreuve d’endurance pour les violoncellistes qui souhaiteront se mesurer à l’intensité de cette fin.

Ce morceau fait partie des incontournables de Strauss et représente un véritable défi autant pour les pianistes que pour les violoncelles.


Concerto pour Cor en Mi bémol

Cette pièce fait encore partie des travaux juvéniles de Richard Strauss. En effet, il écrit ce Concerto pour Cor en Mi bémol alors qu’il n’a que 18 ans. Le morceau en version orchestrale fut joué pour la première fois le 4 mars 1885 à Meiningen bien qu’il fut joué en 1883 avec piano. Il est tout à fait naturel que Richard Strauss mette en avant le cor dans une de ses compositions, étant l’instrument de prédilection de son père, Franz Strauss. Ce morceau est un des plus difficiles à jouer au cor : il faut savoir mobiliser les notes les plus basses comme les plus hautes de l’instrument et, pire encore, il faut savoir les enchaîner rapidement ! Sur le papier, le concerto est structuré en trois mouvements. Il est néanmoins important de noter que l’on en ressent seulement deux car il n’y a pas de pause entre les deux premiers mouvements (ce que l’on appelle un attacca).

Après deux courts points d’orgues de l’accompagnement, le cor entre en scène sur de puissantes arpèges montantes et descendantes. L’accompagnement reprend et étoffe ce thème dans les mesures suivantes.

Au cours du deuxième mouvement, on peut entendre les cordes rappeler le thème d’entrée du cor, mais ce dernier s’engage dans une partie beaucoup plus douce, plus réflexive. Les bois de l’orchestre prennent plus de place dans ce mouvement au détriment des cuivres et timbales que l’on a largement entendus dans le premier.

Le final de cette œuvre reprend l’aspect victorieux du début et bien que moins exubérant que le premier mouvement, le dernier mouvement confirme le ton très dramatique de l’ensemble de la pièce.


Sonate pour piano en Si mineur

La Sonate pour piano en Si mineur est écrite entre 1881 et 1882 dans un style romantique, caractéristique de la jeunesse de Strauss. Elle est composée de 4 mouvements : Allegro molto Appassionato, Adagio Cantabile, Scherzo Presto - un poco piu Trio Lento et Finale, Allegro vivo.

Au niveau de la structure, remarquons que le premier et le dernier mouvements sont construits sur la forme d’une sonate. L’Adagio est construit sur un rythme ternaire avec un structure ABA alors que le Scherzo, lui, suit une structure ABABA développée.

Pour ce qui est du premier mouvement, il faut surtout noter le thème principal marqué par l’enchaînement de quatre notes sur la structure court-court-court-long, ce qui, encore une fois, rappelle Beethoven et le destin de sa Cinquième symphonie. Pour le deuxième mouvement, Larry Todd affirme que c’est un Lied ohne Worte de Mendelssohn (Romances sans paroles). Il explique également que dans les deux mouvements suivants, « le recours à Mendelssohn vient de plus en plus au premier plan ». Mis à part le premier mouvement, on peut trouver dans cette sonate de forts échos à ce compositeur, en termes de structures et de thèmes.


Concerto pour Violon en Ré majeur, op. 8

Le Concerto pour Violon de Richard Strauss est composé entre 1881 et 1882, alors que le compositeur n’avait que dix-sept ans et suivait ses dernières années d’école. Lors de la première à Vienne le 5 décembre 1882, on pouvait entendre Benno Walter au violon (le concerto lui était d’ailleurs dédié) et Richard Strauss lui-même au piano (il jouait sa propre réduction des parties orchestrales). Il a fallu attendre le quatre mars 1890 à Cologne pour entendre ce concerto joué avec orchestre. Le morceau se divise en trois parties: Allegro, Lento ma non tropo et Rondo Presto.

Bien que moins marquant que les travaux orchestraux qu’il réalisa plus tard dans sa vie, cette pièce contient toutefois d’audacieux et inventifs passages marquant déjà son style très mature. Ce concerto fait honneur à la tradition romantique de son époque tout en rendant hommage à des compositeurs Classiques tels queMozart ou Beethoven. Après une dramatique introduction de l’orchestre, ponctuée d’un solo de flûte, le violon s’engage dans une saisissante envolée de double-croches. Le Lento ma non tropo s’ouvre sur un thème déchirant du violon accompagné d’un discret tapis d’accords orchestraux le soutenant dans ses ponctuelles envolées lyriques. Le dernier mouvement, Rondo Presto, est commencé par un rapide et espiègle thème du violon accompagné de notes piquées de l’orchestre. On remarquera, ponctuellement, sur l’ensemble de cette pièce le caractère très moderne de la musique de Strauss: nous remarquons déjà son goût pour les styles avant-gardistes de Wagner ou Liszt.


Elektra

Comment parler de Strauss sans évoquer son œuvre phare ? Elektra est certainement l’opéra le plus célèbre de Strauss. Il est basé sur la pièce de théâtre éponyme écrite par Hugo von Hofmannsthal qui collaborera avec le compositeur pour écrire les six livrets de cet opéra. Cet œuvre est créée le 25 janvier 1909 à Dresde.

L’intrigue de cet opéra se déroule à Mycènes, après la Guerre de Troie. Agamemnon est assassiné par sa femme Clytemnestre et son amant Egisthe. La fille d’Agamemnon et Clytemnestre, Electre, veut protéger son frère Oreste et l’emmène à l’extérieur du pays.

La partie orchestrale d’Elektra fut composée pour un très grand orchestre. La particularité de cet opéra est identifiable déjà dans la composition de l’orchestre, qui fait écho à l’admiration de Strauss pour Wagner. En effet, on trouve dans la partition originale des tubas wagnériens, de la trompette basse, du trombone contrebasse, avec d’autres instruments très rares comme le heckelphone, la petite clarinette en mi bémol ou le contrebasson. Il est également important de remarquer que les alti et violoncelles sont répartis en sections. Enfin, il faut absolument relever l’utilisation par Strauss de leitmotiv, un concept qu’il reprend de Wagner, qui sont des phrases musicales courtes et récurrentes évoquant une personne, un lieu, ou une idée en particulier.

Il serait possible d’écrire des dizaines de pages sur la construction mélodique de cette œuvre. Toutefois nous allons essayer d’en dégager les traits importants. On y retrouve des thèmes symbolisant chacun des personnages principaux (leitmotivs) : Agamemnon (énergique, puissant dès les premières mesures de l’opéra, en mineur mais modulé en majeur sur la fin de la pièce), Egiste (dont les deux thèmes semblent avoir pour but de le ridiculiser), la mort présumée d’Oreste (en mineur d’abord, puis modulation en majeur symbolisant le triomphe de celui-ci sur sa mère et son amant). De manière générale, cet opéra est empreint d’une réelle violence. Beaucoup de ses mélodies sont inquiétantes, sombres, en particulier dans certaines scènes comme l’arrivée d’Oreste au palais ou lorsque celui-ci assassine sa propre mère. Toutefois, nous y entendons à certains moments des thèmes clairs et grandioses soutenant notamment l’espoir de vengeance (contre les assassins d’Agamemnon) – ce qui encore une fois en dit long sur la violence de cet opéra – ou matérialisant la fin de l’opéra.

Nous n'avons malheureusement pas de partition gratuite à vous offrir pour Elektra, mais vous pouvez néanmoins consulter la partition orchestrale librement sur le site d'Universal Edition.


Nous espérons que vous avez apprécié cet épisode du Compositeur du Mois et que vous passerez un bon moment en travaillant ces morceaux ! Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode du Compositeur du Mois !

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AUTEUR

Aurel Beaumann

Marketing Manager