Qu’est-ce que la Reconnaissance Optique Musicale ?

par | Jan 23, 2018

La reconnaissance optique musicale (en anglais, optical music recognition ou OMR) est l’équivalent musical de la reconnaissance optique de caractères (en anglais, optical character recognition ou OCR). Cette technologie vise à transformer des partitions numériques (qu’elles soient créées par un logiciel ou numérisées) en fichiers éditables ou jouables. Une fois capturée sous une forme numérique, la musique peut être enregistrée dans les formats de fichiers couramment utilisés, comme le MIDI (pour la lecture audio) et le MusicXML (pour la mise en page de la partition).

L’OMR est extrêmement utile pour transposer, réarranger ou extraire des pièces dans un logiciel de notation. Jetons un coup d’œil sur les défis et les possibilités que présente cette technologie.

I) Qu’est ce que l’OMR ?


Les premiers travaux de recherche universitaire sur la reconnaissance des partitions imprimées furent effectués à la fin des années 1960 au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et dans d’autres institutions. Par la suite, les recherches se sont concentrées sur la localisation et la suppression des lignes de portée, afin de faciliter la reconnaissance et l’analyse des symboles musicaux. Dès lors, un nombre croissant de plateformes se sont mises à développer leurs propres technologies OMR.

Dans ce chapitre, nous présenterons les deux principaux produits OMR qui existent sur le marché : Photoscore (par Neutraton) et Smartscore (par Musitek).

Ces deux produits permettent à la fois de reconnaître la musique et de convertir la partition au format MusicXML. Ils peuvent également résoudre des erreurs, extraire des parties, supprimer des éléments, redimensionner les pages, transposer, imprimer, ainsi que lire ou exporter des pistes audio. Tous deux continuent d’optimiser leur logiciel et d’innover en développant des produits complémentaires.

Neutraton a récemment développé une application de notation appelée Notateme pour créer une connexion directe entre les partitions papier et les partitions numériques éditables. L’intégration de ces fichiers dans Sibelius facilite considérablement le workflow des utilisateurs de ce logiciel de notation qui souhaiteraient modifier leur partition numérisée.

Musitek a également créé une “boîte de conversion” appelée SmartScore Music-to-XML. Nous avons demandé à Philip Rothman, éditeur et principal contributeur du blog Scoring Notes, de partager son avis sur le convertisseur SmartScore Music-to-XML.

” Music-to-XML est essentiellement une “boîte noire” qui permet d’intégrer des fichiers PDF (ou des fichiers TIFF) et de générer des partitions numériques au format d’échange MusicXML. Il peut aussi contourner l’étape d’enregistrement du fichier MusicXML sur votre disque dur et l’envoyer directement vers Finale, Sibelius ou Dorico.

Contrairement à son grand frère SmartScore X2 Pro ou à son principal concurrent PhotoScore Ultimate de Neuratron, Music-to-XML n’offre pas de fonctionnalités de montage audio. En effet, l’application ne vous permet pas d’ouvrir et d’afficher un fichier, de résoudre des erreurs, d’extraire des parties, de supprimer des éléments, de modifier la taille de la page ou de la transposer, d’imprimer, et de lire ou d’exporter des pistes audio. Music-to-XML n’est utile que si vous disposez d’un logiciel de notation, tandis que SmartScore X2 Pro et PhotoScore Ultimate sont des applications plus complètes qui peuvent être utilisées de façon autonome.

Une fois la reconnaissance effectuée, Music-to-XML propose d’envoyer le fichier converti directement vers Finale, Sibelius ou Dorico, ou de l’enregistrer en tant que fichier MusicXML, comme décrit ci-dessus.

Si vous êtes habitués à travailler avec un logiciel de notation compatible avec MusicXML (pas seulement Finale, Sibelius ou Dorico, mais aussi ceux qui ne bénéficient pas d’un partage en interne via Music-to-XML, tels que MuseScore ou Notion), et que vous travaillez (quotidiennement ou plus occasionnellement) avec des partitions numériques en format PDF, Music-to-XML offre un rapport qualité-prix intéressant. Toutefois, il serait bon de tenir compte des conseils partagés dans la section suivante, dans quels cas utiliser l’OMR ? “

Philip Rothman

Scoring Notes

II) Dans quels cas utiliser l’OMR ?


Avant de commencer à travailler avec l’OMR, il est important de noter que la précision de la reconnaissance dépendra principalement de l’état de la partition d’origine. Ci-dessous, nous avons énuméré les conditions les plus importantes à remplir avant de commencer à utiliser un produit OMR. Si votre partition ne rempli pas toutes ces conditions, nous vous recommandons fortement de réécrire la partition grâce à un logiciel de notation.

UNE PARTITION
D’ORIGINE DE BONNE QUALITÉ
  • Les copies nettes, détaillées et contenant des polices plus grandes seront reconnues de façon plus précise que des copies reproduites à plusieurs reprises ou des partitions plus petites et ternies.

  • Évitez d’utiliser des partitions qui contiennent des lignes de portées irrégulières, ternies ou segmentées.

  • Les lignes de portées doivent être séparées par au moins 9 pixels.
  • UNE MISE EN PAGE NETTE
  • Utilisez idéalement une partition bien droite avec des marges blanches d’au moins ¼ à ½ pouces (0,6 à 1,25 cm).

  • Il est très important que les bordures de chaque côté des systèmes de portées rentrent à l’intérieur des marges de l’image numérisée.

  • Évitez les fuites de lumières qui créeront des tâches noires sur votre document numérisé.

  • La partition ne devrait pas dépasser 30 à 35 pages.
  • PARTITION NON MANUSCRITE
  • La technologie OMR reconnaît difficilement les partitions manuscrites.

  • Ainsi, des parties ou des partitions intégralement manuscrites ne seront pas correctement converties.
  • QUALITÉ DE NUMÉRISATION
  • Nous recommandons une définition minimum de 300 à 400 PPP pour les formats A4 à B4. Pour des partitions plus grandes, nous recommandons de régler la définition à 600 PPP.

  • Numériser en niveau de gris donnera un résultat plus précis.

  • Assombrissez le fichier numérisé pour épaissir les lignes et augmenter la précision de l’OMR.
  • III) Quels sont les défis de l’OMR ?


    La complexité technique de l’OMR

    Contrairement à l’OCR, où les caractères sont analysés de manière séquentielle, la technologie OMR est bien plus complexe car la notation musicale implique des éléments parallèles et interdépendants. En effet, la relation spatiale entre les notes, les nuances, la dynamique, les ornementations et les autres annotations compliquent considérablement la tâche à cette technologie. Il sera même parfois plus efficace et rapide de réécrire la partition dans un logiciel de notation plutôt que d’utiliser un produit OMR.

    Pour vous éviter de perdre du temps, Philip Rothman expose ci-dessous les scénarios idéaux qui vous permettront d’atteindre les meilleurs résultats.

    ” Si vous avez l’habitude de produire des arrangements créatifs en s’inspirant uniquement de l’esprit d’une œuvre musicale, plutôt que de scrupuleusement retranscrire chaque note, vous trouverez probablement la technologie OMR très utile. Un autre exemple serait celui d’un compositeur qui chercherait à transposer des œuvres (relativement simples) qu’il a lui même composé dans une différente tonalité pour les faire parvenir à un chanteur spécifique. En règle générale, plus la partition est claire et facile à lire, plus le résultat sera de bonne qualité. Une partition simple sera convertie de façon plus réussie qu’une partition complexe. La conversion des paroles et du chiffrage des accords est moins fiable. “

    Philip Rothman

    Scoring Notes

    Les droits d’auteurs

    L’OMR soulève beaucoup de nouvelles questions liées au droit d’auteur, car elle permet à n’importe qui d’acheter ou de numériser une partition, d’utiliser l’OMR et de remixer la musique dans un logiciel de notation sans permission. Philip Rothman partage une anecdote à ce sujet sur la décision de MakeMusic, annoncée en 2016, d’intégrer à la fois cette technologie et l’import direct de fichiers PDF modifiables dans Finale 25 :

    ” Un certain compositeur réputé a prédit que cette fonctionnalité provoquerait plusieurs procès ainsi qu’un «effondrement des ventes de musique». Cette prédiction, qui s’est avérée être erronée, a gagné du terrain sur les réseaux sociaux, à tel point que MakeMusic a décidé de ne pas inclure cette fonctionnalité dans Finale 25.
    Cependant, la technologie de reconnaissance musicale était déjà disponible sur le marché, et elle l’est restée. Musitek, le créateur de l’OMR, a depuis développé un produit indépendant à 100$ appelé SmartScore Music-to-XML ayant exactement le même objectif que ce qui était prévu originellement pour Finale : convertir un fichier PDF contenant de la musique numérisée afin de pouvoir l’ouvrir dans un logiciel de notation musicale. “

    Philip Rothman

    Scoring Notes

    Pour résumer, l’OMR est similaire à n’importe quelle autre technologie : c’est une force neutre. Il en revient donc aux utilisateurs de l’utiliser de façon légale dans le cadre de leurs propres compositions.

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